Les règles, tarifs, programmes et données peuvent changer. La section « Sources et limites » précise le fondement de cette page.
Le jour où vous cessez d’être résident du Canada aux fins fiscales, la loi considère que vous avez vendu à la juste valeur marchande la plupart de vos biens — puis que vous les avez rachetés au même prix. Aucun argent ne change de main, mais un gain en capital imposable peut apparaître. C’est le mécanisme le plus contre-intuitif de tout départ à l’étranger.
Première question : quand est-on officiellement parti?
La résidence fiscale n’est pas une question de nombre de jours, mais de liens : logement disponible, conjoint et personnes à charge, comptes bancaires, permis de conduire, carte d’assurance maladie, abonnements, biens personnels. Une personne qui part huit mois en gardant sa maison, son compte et son permis n’est pas dans la même situation qu’une personne qui a tout transféré.
Quand la résidence est réellement transférée, la date de départ retenue est généralement la plus tardive de trois moments : la date où vous quittez le Canada, celle où votre conjoint et vos personnes à charge partent, et celle où vous devenez résident du pays d’accueil. Ce détail compte, parce que tous les revenus et gains s’arrêtent et se calculent autour de cette date.
Il existe un formulaire fédéral pour demander l’avis de l’Agence du revenu du Canada sur votre statut, mais il n’est pas obligatoire, et l’avis rendu ne vous lie pas. En cas de résidence dans deux pays à la fois, ce sont les règles de départage des conventions fiscales qui tranchent — d’abord le foyer permanent, puis le centre des intérêts vitaux.
L’aliénation présumée : ce qui est visé, ce qui ne l’est pas
Le gain est calculé sur la différence entre la juste valeur marchande au départ et le coût de base rajusté, avec inclusion de la moitié du gain net en capital. Deux nuances valent d’être connues : les résidents de courte durée peuvent bénéficier d’un allègement fondé sur la durée de leur séjour au Canada au cours des années précédentes, et les immeubles canadiens ne déclenchent pas l’aliénation présumée — mais leur vente ultérieure, en tant que non-résident, obéit à un tout autre mécanisme.
Les formulaires, côté fédéral
- Liste des biens de l’émigrant — obligatoire lorsque la juste valeur marchande de vos biens dépasse un seuil de l’ordre de quelques dizaines de milliers de dollars, en excluant les biens à usage personnel, l’argent comptant et les droits à des rentes publiques. Il faut y inscrire tous les biens, même ceux qui ne sont pas assujettis à l’aliénation présumée. Une pénalité par jour de retard s’applique, même si aucun impôt n’est dû.
- Calcul de la disposition réputée — le formulaire qui établit le gain ou la perte et l’intègre à la déclaration de l’année du départ.
- Choix de reporter le paiement — permet de différer l’impôt dû sur la disposition réputée en fournissant une garantie suffisante à l’ARC, si l’impôt dépasse un seuil d’environ 16 500 $ (seuil réduit pour un ancien résident du Québec, en raison de l’abattement). Le choix se fait dans un délai qui suit le départ, pas des années plus tard.
Côté Québec, ce n’est pas automatique
C’est l’erreur la plus fréquente : régler son départ avec le fédéral et croire que le Québec suit. Revenu Québec a ses propres critères de résidence, généralement plus stricts, et ses propres formes. Il faut produire une déclaration provinciale pour la période allant du 1er janvier à la date de départ, et le formulaire québécois prévu pour confirmer la date de départ et déclarer la disposition présumée des biens.
Concrètement, Revenu Québec regarde des signes tangibles : la résiliation de la RAMQ et l’annulation du permis de conduire québécois figurent parmi les preuves demandées. Autrement dit, les démarches administratives du départ ne sont pas de la paperasse décorative — elles constituent la preuve de votre situation fiscale.
Ce qui change après le départ
- Le CELI perd son statut d’exonération pour un non-résident. Les cotisations versées à ce titre sont pénalisées, et aucun nouveau droit de cotisation ne s’accumule. C’est la raison la plus fréquente d’un mauvais calcul : vider ou réorganiser son CELI se planifie avant le départ.
- Les revenus de source canadienne — loyers, pensions, dividendes, retraits de REER — subissent une retenue pour non-résidents, dont le taux par défaut est de l’ordre de 25 %, réduit par la convention fiscale du pays de résidence. Une demande de réduction de la retenue peut être déposée à l’avance.
- La vente d’un immeuble canadien par un non-résident déclenche un mécanisme propre : l’acheteur doit retenir un pourcentage du prix, et le vendeur doit obtenir un certificat de décharge pour récupérer la différence. C’est une situation à anticiper, pas à découvrir chez le notaire.
- L’assurance maladie et l’assurance médicaments cessent selon leurs propres règles, sans lien avec votre déclaration de revenus.
L’ordre des opérations qui évite les mauvaises surprises
- Déterminer honnêtement si vous quittez ou si vous séjournez : la réponse change tout, et la charge de la preuve vous appartient.
- Inventorier les biens visés et estimer les gains latents, avant de fixer la date de départ.
- Décider ce qu’on liquide, ce qu’on transfère et ce qu’on garde, en tenant compte du fait qu’une vente avant le départ se déclare comme résident.
- Vérifier la convention fiscale du pays d’accueil sur les pensions, les loyers et les gains.
- Régler les surfaces administratives : RAMQ, permis, banque, assurance, abonnements — en gardant des copies de tout.
- Confirmer par écrit les dates et les formulaires avec un fiscaliste, surtout s’il y a une société privée, un immeuble locatif ou un REER important.
Deux administrations, deux définitions de la résidence, deux séries de formulaires et un crédit d’abattement québécois : un départ mal documenté peut être requalifié des années plus tard, avec intérêts. Une rencontre avec un fiscaliste avant le départ coûte une fraction de ce que coûte une cotisation après coup.
Les seuils, taux et pénalités évoqués ici évoluent et certains sont indexés annuellement. Les textes de référence sont l’Agence du revenu du Canada (guides T4056 et formulaires T1161, T1243, T1244) et Revenu Québec pour le volet provincial. Cette page est de l’information générale, pas un avis fiscal : votre situation dépend du pays d’accueil, de la convention applicable et de la composition de votre patrimoine.
Sources et limites
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